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La marque Europe : céleste ou apocalyptique?

Des promoteurs Eurotunnel et Eurodisney à European Discount (Ed, l’épicier) ou Eurolines (le voyage low-cost en bus), le prestige de la marque Europe a décliné. Les douze étoiles d’or sont devenues clinquantes. D’ailleurs, le dernier traité européen élimine toute référence au drapeau des débuts. Pourtant tout avait bien commencé...

L europe, avenir de paix
L’Europe, pour la génération d’après-guerre, c’est un avenir de paix. Il lui faut donc un drapeau inédit, à la fois inspirant et neutre. Parmi les nombreuses propositions, c’est finalement le drapeau bleu orné de douze étoiles d’or disposées en cercle qui est adopté en 1955.
Pourquoi douze ? Parce que c’est un signe de plénitude : les douze mois de l’année, les douze heures d’une horloge, les douze travaux d’Hercule... Pourquoi en cercle ? Parce que cela symbolise l’égalité entre chaque pays. Pourquoi dorées ? Parce que... blanches, elles auraient été trop américaines ! Et pourquoi un fond bleu ? Parce que c’est la couleur la plus neutre idéologiquement.

Le dessinateur lauréat avouera finalement, après l’adoption officielle, s’être inspiré de la description de Marie, mère de Jésus, dans l’Apocalypse. « Une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. »

Aux cotés du drapeau naissent d’autres symboles moins connus : l’Hymne à la joie, la journée de l’Europe... Puis, en 1999 apparaît l’€. Un caractère qui représente la nouvelle monnaie commune. Les deux barres parallèles illustrent sa stabilité. Elles s’inspirent aussi du $ : deux barres qui seraient celles de la lettre U (pour « US » = United States) dont le fond aurait été oublié par le temps... > Voir la Pause Design n°21

L Europe objet de débat

L’Europe s’incarne donc dans ces rares symboles. Une rareté qui a des conséquences. Pour s’approprier l’Europe et ses promesses : paix, ouverture et avenir, tout le monde se met à utiliser le drapeau et l’expression « euro » ou « Europe » ! C’est ainsi que naissent Europe 1 (1955), Euromarché (1968), European Discount (1978), Eurolines (1985), Eurotunnel (1986), EuroDisney (1987),....

A leur insu, ces marques adoptent aussi le défaut récurrent du projet européen : l’union de façade, la superficialité, le vide. Pour ne rien arranger, le référendum sur le traité de Maastricht (1992) ajoute d’autres dimensions, justifiées ou non, à l’image de la Communauté : lourdeur, inefficacité, « technocratie »... L’Europe n’est plus consensuelle.
Les marques les plus sensibles réagissent : Euromarché disparaît dans Carrefour (1992), EuroDisney devient Disneyland Paris (1994). Leader Price efface le pavillon européen qui constituait la partie supérieure de son logo. Même Ed, l’épicier, devient Dia.

Aujourd’hui, « euro » symbolise avant tout la monnaie, jusque dans ses aspects les plus clinquants (EuroMillions !).
L’Europe politique issue du traité de Lisbonne fera-t-elle de nouveau rêver ?
Expresso
Comment deviner qu’un projet d’Europe unifiée puisse un jour véhiculer des valeurs négatives ? Comment prévoir en 1966 qu’une référence à l’an 2000 puisse être dépassée (Sport2000) ? Plutôt que de se projeter trop loin dans une sorte de fuite en avant, toute marque peut préférer exploiter son propre gisement d’image : son histoire, ancienne ou toute récente. Faire appel à un œil exercé permet de révéler ce trésor. Résultat : une image qui touche, puissante et légitime.
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