Loch Lomond, Vaillante, ZUGOL+BR, Pétibulle…
Ces marques ne vous rappellent rien ?
Mais si, souvenez-vous : elles rythment
vos bandes dessinées Tintin, Michel Vaillant
ou Spirou. Leurs créateurs, auteurs de bande
dessinée et fins observateurs de la société,
les dotent souvent de particularités
issues du monde réel. D’ailleurs, certaines
de ces marques fictives ont acquis une
vraie notoriété… si bien que l’une d’elles
a fini par exister !
Le 9ème art n’est pas tendre avec les marques. Si Loch Lomond est la marque de whisky préférée du Capitaine Haddock, elle se rend complice du Général Tapioca pour saouler les Indiens et les Picaros. Dans ses albums, Hergé n’hésite pas à montrer le côté parfois excessif ou absurde de la publicité. Pourtant, on entrevoit aussi sa fascination pour les “nouveaux médias” d’antan : les affiches (Tintin en Amérique), la distribution de tracts, le sponsoring (Tintin et les Picaros) et, bien sûr, la télévision.
L’album “Les bijoux de la Castafiore” présage d’ailleurs de débats bien actuels : seule aventure de Tintin à se dérouler entièrement à Moulinsart, elle confronte les héros aux moyens de communication les plus variés, sans qu’aucun ne fonctionne vraiment, à commencer par le téléphone (“Allô ? La Boucherie Sanzot ?”).
Rappelez-vous de Michel Vaillant et ses automobiles Vaillante. Une marque paternaliste, bien adaptée à la France du Général de Gaulle. Une marque porteuse de valeurs positives comme l’excellence et la solidarité.
Jean Graton, son créateur, fera évoluer le logo Vaillante avec les années.
Ou la marque institutionnelle Winch, dans la série de bande dessinée Largo Winch (de Philippe Francq et Jean Van Hamme). Le logo Winch, omniprésent, se veut symbole de puissance, de prestige, mais ne recherche pas forcément la sympathie.
Consécration logique d’une vraie création de marque, ces deux dernières bandes dessinées ont fait l’objet d’adaptations récentes au cinéma qui ont mis en valeur ce travail, en l’actualisant. Les logos Winch et Vaillante figurent en bonne place sur les affiches de ces films.
Enfin, il n’était pas illogique que ces marques fictives - dotées d’une notoriété non-fictive -
finissent par exister au delà même du grand écran. C’est le cas aujourd’hui du whisky Loch Lomond !
Les auteurs de bandes dessinées inventent leurs marques pour rendre leurs héros encore plus réels. Aux marques maintenant d’inverser la tendance et de profiter de la notoriété de certains de ces héros pour vendre leur marque !
C’est le cas de Dior qui utilise l’image de Largo Winch et de Corto Maltese pour illustrer son Eau Sauvage début des années 2000.
Même caricaturée pour critiquer un système, la marque fictive en bande dessinée est une source durable d’émotion car elle est au cœur d’un récit. Qui n’a pas frémis devant le logo Flor Fina, l’inquiétant logo des Cigares du Pharaon, ou le signe de Batman ?
Nos marques peuvent s’en inspirer en se dotant elles aussi d’un discours captivant et riche de valeurs.