Des ovnis en pharmacie

Zyrtec, Xyzall, Xanax, Fervex,…
Des noms qui semblent venus d’une autre planète et qui, pourtant, nous sont devenus familiers. Comment trouve-t-on le nom d’un médicament ?
Et pourquoi ces noms sont-ils
souvent si étranges ?
Il était une fois une molécule
Un nouveau médicament est souvent le fruit d’une découverte. Il s’agit d’une nouvelle molécule, d’un principe actif au nom parfois barbare. C’est le nom de ce principe actif qui est repris pour créer le nom générique du médicament         (Ex. : le paracétamol est un principe actif, mais il est aussi le nom générique, entre autres, de la marque Doliprane).

C’est donc à partir du principe actif que la DCI, Dénomination Commune Internationale, va être créée. La DCI, mise en place par l’OMS depuis 1953, permet une harmonisation mondiale des noms génériques de médicaments afin d’éviter toute confusion entre pays. Avantage de taille : elle permet de retrouver plus facilement un médicament à l’étranger ou de se faire comprendre par un médecin qui ne parlerait pas notre langue. Les packagings de médicaments portent d’ailleurs souvent ce nom du principe actif sous le nom commercial.
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Mais plus encore c’est pour éviter les surdosages que cette norme a été adoptée. En effet, plusieurs médicaments ont des noms commerciaux différents malgré un même principe actif… Une confusion pouvant entraîner une surdose chez des patients qui pensaient prendre deux médicaments différents.
La science des noms
Contrairement aux noms génériques, les noms commerciaux des médicaments des laboratoires pharmaceutiques ne sont pas soumis à des règles scientifiques mais plutôt commerciales et de rigueur. En effet, les laboratoires ne peuvent en aucun cas choisir un nom qui vanterait les vertus exceptionnelles d’un médicament. Une démarche étonnante, à l’opposé des créations de noms habituelles.

Malgré cette interdiction, plusieurs options et techniques s’offrent à eux pour créer de véritables noms de marques.
Ils peuvent s’inspirer du principe actif du médicament (Clopin - clopazine), de sa classe pharmacologique (Malarone - antipaludéen contre la malaria), de sa forme physique (Gynopévaryl - ovule gynécologique), de l’effet thérapeutique souhaité (Surmontyl - antidépresseur, pour “surmonter” ses angoisses), de sa voie d’administration (Nicopatch - patch transdermique), etc.
D’autres joueront plus sur les mots
comme le Viagra® qui est issu de la
contraction de Vigor et Niagara.
Vigor qui signifie vigueur, vitalité
et Niagara qui évoque un débit puissant…Inutile d’en préciser d’avantage.
C’est un challenge de trouver un nom unique. Plus de 300 000 soumissions de noms commerciaux sont proposés aux États Unis chaque année et 150 000 en Europe. Mais en moyenne, 1/3 des soumissions sont refusées.
Lettre compte triple
Zyrtec, Xanax, Fervex, Xyzall, Zyvoxid, Yerbalaxa, ...
Des noms remplis de X, de Y ou de Z ont envahit les pharmacies.
Pourquoi ces lettres si rarement utilisées en temps normal
sont tout à coup devenues indispensables pour nommer un médicament ?

Rob Stepney, un chercheur anglais, a décidé de s’y intéresser. Le résultat est étonnant. Après avoir passé en revue les noms de près de 1500 médicaments déposés en 18 ans, il s’est aperçu que la proportion de noms commençant par un X s’est accrue de 130% et ceux commençant par un Z de... 400% !

La lettre X représente l’inconnu en mathématique mais est surtout associée au progrès médical, notamment grâce aux rayons X. Il donne un sentiment d’efficacité et de rapidité. Quand au Z, c’est une lettre qui fonctionne très bien au Moyen Orient, où le marché de la santé a le plus explosé ces dernières décennies, et qui confère une certaine avance sur le temps.
Par ailleurs, le succès de certains médicaments commençant par la lettre Z ont sans doute contribué au lancement de cette tendance.
Les laboratoires Glaxo et Wellcome (devenus GlaxoSmithKline après fusion) sont les premiers à avoir manifesté, dans les années 1990, un attrait pour la dernière lettre de l’alphabet.
Le Zovirax, un antiherpétique, fit rapidement le succès du laboratoire Wellcome en lui faisant rapporter plus d’1 million de dollars par an. Ensuite, lancé par Glaxo, Zantac fut le médicament le plus vendu l’année de son lancement et soigna les douleurs d’estomac de 200 millions de personnes en 20 ans.

Au Scrabble, ces lettres sont les plus prisées pour le nombre de points qu’elles apportent. Les introduire dans le nom d’un produit permet de le distinguer et peut lui conférer une supériorité dans l’esprit des consommateurs.
Il s’agit, par ces lettres étonnantes et inhabituelles, de donner l’impression qu’un produit est exceptionnel.
Expresso
Du nom de la molécule au nom commercial final, le naming de médicament relève autant de l'art que de la science. Pour ces produits extrêmement régulés, il reste peu de place pour une créativité débordante. Mais, paradoxalement, n’est-ce pas l’accumulation de contraintes qui pousse à être plus créatif ?
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